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Ali Dardour, conseiller Adie et responsable pédagogique du Master pro « Innovation par l’économie sociale » à l’université de Toulouse

lundi 9 mars 2009, par Anne-Marie Fontaine

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Toulous’Ethic : Quelles sont les causes de la crise économique actuelle ?

Ali Dardour : « Le premier signe de la crise actuelle a été ressenti aux Etats-Unis avec l’explosion des crédits hypothécaires à haut risque. Ces crédits ont été accordés par des grandes institutions financières à des emprunteurs manifestement insolvables. Le stock des biens immobiliers saisis par les banques est devenu très important créant une crise des liquidités qui a engendré la faillite ou la quasi-faillite de plusieurs institutions. Confrontées à ce manque des liquidités, les institutions financières ont freiné l’octroi de crédit aux entreprises et aux particuliers ce qui a provoqué un ralentissement de la croissance économique puis une récession devenue inévitable. La chute mondiale des marchés financiers a étendu la crise aux principaux pays développés. Plusieurs pays dont la France ont débloqué d’importantes sommes dans des plans de sauvegarde pour éviter le dépôt de bilan des banques et atténuer les répercussions de la crise sur la sphère réelle de l’économie. Le débat actuel se concentre sur le choix de la nature du plan de relance de l’économie : faut-il relancer la production ou la consommation pour maintenir et créer des emplois ? »

T’E : Les structures de l’économie solidaire sont-elles protégées de la crise actuelle, justement parce qu’elles se situent dans l’économie solidaire ?

A. D. : « Il est évident que ces entreprises ne sont pas protégées de la crise actuelle. Elles souffrent au même titre que les entreprises classiques des répercussions de la crise. Elles sont assujetties à la loi du marché et à la baisse de la demande. À titre d’exemple, une entreprise d’insertion qui ne trouve plus de nouveaux marchés sera confrontée à limiter ses effectifs et aura des difficultés à placer le salarié dans un emploi durable dans une entreprise classique. Néanmoins, il apparaît que les petites entreprises, souvent sans aucun salarié, sont plus solides pendant la crise. Leurs activités sont ancrées localement : commerce de proximité, artisanat, profession libérale, services à la personne… Elles ne souffrent pas des fluctuations du marché financier. Faciliter l’accès des petites et moyennes entreprises au financement nécessaire à la poursuite et au développement de leur activité est nécessaire pour la relance de l’économie. »

T’E : La création d’activité au sein de l’économie solidaire ou par le biais de moyens solidaires tels que le micro-crédit, peut-elle être une réponse à la crise actuelle ?

A. D. : "J’exerce une activité professionnelle dans une association de micro-crédit, L’Adie, depuis plusieurs années. Je trouve le micro-crédit un formidable outil qui permet aux personnes exclues du circuit bancaire classique d’entreprendre une activité professionnelle. La crise financière s’est révélée une opportunité pour développer le micro-crédit. En effet, je constate une forte demande de crédit depuis le début de l’année par rapport à la même période en 2008. Au moins deux raisons expliquent ce phénomène.

Premièrement, certains entrepreneurs, confrontés à la baisse de la demande, expriment leur besoin de trésorerie pour faire face aux charges fixes. Deuxièmement, l’explosion du nombre de demandeurs d’emploi ces derniers mois et la baisse des offres d’emplois même dans les sociétés d’intérim ont incité plusieurs personnes à se reconvertir dans la création de leur propre emploi. Les activités créées ne sont pas toujours rentables et ne permettent pas de prélever l’équivalent d’un SMIC dès la première année. Plusieurs individus passent du statut d’un « salarié pauvre » (revenu inférieur ou égal à 1000 euros/mois) à celui d’« entrepreneur pauvre ». C’est pour cette raison qu’il me semble indispensable de développer l’accompagnement de jeunes entrepreneurs. Les garanties bancaires d’Oséo qui peuvent couvrir jusqu’à 90% du montant des prêts depuis mars 2009 permettent d’atténuer la réticence des banques dans leurs décisions d’attribution des crédits aux entrepreneurs."

T.E : Les principes de l’économie solidaire sont-ils généralisables à l’ensemble du marché et des entreprises ? La crise permettra-t-elle un changement dans l’exercice des responsabilités économiques ?

A. D. : "La crise actuelle ne va pas faire disparaître le capitalisme. Mais mettra fin à un capitalisme financier qui avait imposé sa logique à toute l’économie et avait contribué à la pervertir. L’idée d’une puissance du marché autorégulateur était une vision erronée. Ce capitalisme a réussi à imposer des pratiques et des idéologies sans aucun lien avec l’économie réelle. La création de la valeur actionnariale est devenue au centre des intérêts des dirigeants des grandes entreprises françaises (pour se rendre compte il suffit de lire le message du président dans les rapports annuels de ces sociétés). Les dirigeants sont sommés de réaliser des rendements trois ou quatre fois plus élevé que la croissance de l’économie réelle. Les entreprises de l’économie sociale et solidaire, bien qu’elles sont très hétérogènes en termes de taille, de nature d’activité et de structure juridique, n’ont pas pour objectif de faire fructifier, les capitaux mais d’associer des parties prenantes qui mutualisent leurs compétences au service de l’Homme et de la Société. Dans ces structures, le profit n’est pas considéré comme une fin en soi mais bien comme un moyen au service de leur projet collectif. Elles cherchent à concilier entre des impératifs contradictoires : l’efficacité économique et l’utilité sociale, la dynamique de croissance et l’attachement à des valeurs de démocratie et d’intérêt général.

Les exemples de ces entreprises solidaires sont multiples, elles occupent tous les secteurs de l’économie des services à la personne à la banque en passant par la santé, l’environnement et la culture. Nous trouvons, des structures d’insertion par l’activité économique qui créent des activités pour donner de l’emploi à des personnes en situation d’exclusion. Dans les sociétés coopératives, les salariés sont associés dans le capital. Ils participent aux décisions et à la définition de la stratégie de la coopérative. Ils n’ont pas des actionnaires financiers strictement focalisés sur la rentabilité à court terme ou orienté vers des stratégies de croissance externe par les fusions et acquisition pour atteindre une taille critique et contrôler les prix. Les structures de l’économie sociale et solidaire prennent aujourd’hui une certaine reconnaissance car elles réinjectent de la solidarité et de la démocratie dans l’économie là où l’économie de marché guidée par une rentabilité irrationnelle a échoué à les développer. L’économie sociale est solidaire est une économie qui cherche à donner du sens à son action et à son impact sur l’économie locale, sur le territoire et sur l’environnement."


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