C’est à un congrès aux Etats-Unis il y a sept ans, qu’il a eu le déclic. En France tout était encore à faire, et lui travaillait dessus depuis plusieurs années : « il fallait y aller, sans trop se poser de questions, sinon on ne se lance jamais », avoue le chercheur. Car le projet était difficile : peu de rentabilité à court terme, et de longues années de développement à financer. Après une année d’incubation à l’école des Mines, l’entrée en pépinière et quelques années plus tard, l’avenir de N-GHY passe par la compétition mondiale.
L’hydrogène est un combustible 100 % écolo, qui ne rejette que de l’eau. Problème, à la différence des énergies fossiles telles que le pétrole ou le gaz, il n’existe pas à l’état naturel, il faut le produire. Et c’est là que l’hydrogène fait débat car sa production est énergivore.
Alors qu’au début des années 2000 de l’autre côté de l’Atlantique, des prototypes existent déjà sous la forme de générateurs d’hydrogène catalytiques et fonctionnant au gaz naturel, le professeur Grouset dirige lui ses recherches depuis quatre années autour d’un générateur non catalytique pouvant produire de l’hydrogène à partir de combustibles renouvelables : biocarburants, éthanol….
« Nous avons remplacé le catalyseur par une température plus élevée qui augmente la vitesse de réaction chimique. Cette technologie implique que les matériaux doivent supporter une haute température, le rendement est un peu moins bon (75 à 80 %), mais on peut utiliser toute sorte de combustibles », explique Didier Grouset. En 2002, un premier brevet est déposé. En outre, le professeur et son équipe ont planché sur une variante du procédé permettant de capter le CO2 produit pour une utilisation ultérieure.
Mais là aussi, la question des biocarburants se pose. « Les biocarburants de 1re génération sont biens, à condition de ne pas vouloir en faire trop », souligne le chef d’entreprise, « en outre on recherche aujourd’hui de nouveaux débouchés pour le glycérol et notre technologie permet d’en retirer de l’hydrogène. » Cependant, pour aller au bout de sa démarche neutre en CO2, même durant le procédé de fabrication des générateurs, la start-up calcule la quantité de CO2 produite et rachète ses émission auprès de Climat Mundi, qui investi dans des projets portant sur les énergies renouvelables. La société évalue également en partenariat avec l’Ademe, son bilan carbone.
Le marché du particulier semble aujourd’hui inaccessible à l’hydrogène : trop cher. Même si des voitures de démonstrations roulent déjà , elles coûtent 10 000 à 20 000 € supplémentaires. « Les autres freins sont sociétaux. Il faut que les gens s’habituent à l’hydrogène, mais le plus gros problème est la formation des professionnels, du vendeur au garagiste », affirme Didier Grouset. Pas la peine d’espérer posséder une voiture à l’hydrogène avant 2020. Par contre, des voitures hybrides hydrogène circulent déjà en Norvège et en Islande, même le constructeur Fiat une dizaine de Panda fonctionnant grâce à une pile à combustible.
Dans plusieurs grandes villes européennes (Londres, Amsterdam, Barcelone, Hambourg, Londres, Luxembourg, Madrid, Porto, Stockholm et Stuttgart) des bus à hydrogène ont intégré les réseaux de transports urbains dans le cadre d’un programme européen. Au vu du succès, le programme devrait être renouvelé et la flotte de bus à hydrogène largement augmentée. Ainsi une centaine de stations services à hydrogène devrait voir le jour. Un marché sur lequel se positionne N-GHY.
Le sol français n’a pas encore vu rouler de bus à hydrogène, mais plus proche de nous, l’école des Mines d’Albi a créé l’association Phyrénées (Production d’hydrogène renouvelable écologique éolien et solaire) financée par l’Europe et en partenariat avec la région espagnole Aragon dont l’objectif est de monter des projets de démonstration régionaux. La start-up espère également conquérir le marché régional où l’hydrogène est utilisé dans l’industrie verrière et la métallurgie. N-GHY propose des unités de production décentralisées d’hydrogène, « ce qui permettrait d’économiser entre 20 et 40% sur le coût du transport », souligne Didier Grouset.
Des trois ingénieurs à sa création, aujourd’hui N-GHY emploie une quinzaine de salariés et dispose de trois générateurs à hydrogène. Mais face aux géants Américains, Allemands etc. le petit français espère décrocher de nouveaux partenariats pour pousuivre son développement. « Nous recherchons notamment à tester sur une longue durée et hors de nos murs la production d’hydrogène. » Après Renault, l’Institut Français du Pétrole, Didier Grouset a bien essayé de se retourner vers les poids lourds du pétrole, mais en vain. L’industrie n’étant pas prête encore à effectuer un virage à 180° quant à l’utilisation de l’or noir.
ANNE-MARIE FONTAINE

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