jeudi 24 janvier 2008, par Anne-Marie Fontaine
Le laboratoire toulousain d’Ingénierie des Systèmes Biologiques et des Procédés (LISBP) a reçu le trophée INPI 2007 de la région Midi-Pyrénées le 4 décembre dernier. Issu de la fusion de l’INRA, du CNRS et de l’INSA (Laboratoire Biotechnologie-Bioprocédés, L.B.B.) et d’un autre laboratoire de l’I.N.S.A. (Laboratoire d’Ingénierie des Procédés de l’Environnement, L.I.P.E.), le LISBP est l’un des rares en France de ce type, à concilier la recherche de l’application du vivant et le génie chimique des procédés. En son sein, aujourd’hui 200 chercheurs se consacrent à ces principaux axes de recherche :
Biocatalyse
Physiologie et métabolisme microbien
Systèmes microbiens et bioprocédés
Transfert Interface et Mélanges
Séparation-Oxydation et Procédés Hybrides.
La force de ce laboratoire est d’avoir misé dès ses débuts sur l’application industrielle de la recherche dans presque n’importe quel domaine : alimentaires, médicaments, biocarburants etc… Aujourd’hui, il bénéficie du soutien financier de nombreuses entreprises de l’industrie pétrolière et aéronautique, désireuses de se préparer à « l’après-pétrole ». « Le laboratoire n’offre pas un rêve aux industriels mais un demi-rêve. Lorsqu’ils font appel à nous, ils savent que la recherche a de bonnes chances d’aboutir », affirme fièrement Nic Lindley, directeur du LISBP. Le laboratoire a ainsi signé plus d’une trentaine de contrats et reçoit le financement de l’agence nationale de la recherche.
Nic Lindley y travaille depuis 1984, « Nous étions des précurseurs en matière de développement durable, à l’époque, nous avions 10 à 15 ans d’avance dans le domaine des biocarburants comme l’éthanol. » Vingt ans plus tard, le laboratoire se trouve face à un nouveau défi du développement durable, ce que Nic Lindley appelle « la stratégie globale » : « Le challenge est de valoriser toutes les couches du produit, jusqu’aux derniers relicats, pour faire en sorte que chacune d’entre elles ait de la valeur ajoutée. »
Une chimie moins polluante
Les outils de travail et les espoirs reposent sur les micro-organismes et les enzymes. Le laboratoire a d’ores et déjà mis au point un certain nombre de composés « verts » issus des énergies renouvelables, pouvant remplacer des produits polluants de l’industrie chimique. « Aujourd’hui, les hydrocarbures sont encore les plus efficaces. Le rôle de notre laboratoire est de devancer les besoins futurs des industriels, lorsque les réserves de pétrole s’épuiseront. Certains de nos composés sont déjà prêts, mais pas assez compétitifs en terme de coût de production. Dans ce domaine, l’augmentation du prix du pétrole est un atout pour nous. »
A titre d’exemple, le laboratoire pourrait dès aujourd’hui substituer 20% des produits polluants dérivés du pétrole par des composés « verts ».
Les biocarburants
Aujourd’hui le laboratoire est à la pointe concernant le bioéthanol, que ce soit pour l’optimisation du processus de sa production (plus de productivité et un procédé moins polluant), ou de son rendement énergétique : « nous avons développé les performances les plus élevées pour exploiter au mieux ce biocarburant », souligne Nic Lindley.
A la demande des industriels de l’aéronautique, le laboratoire travaille actuellement sur des micro-organismes capables de produire des lipides dont la transformation chimique aboutit à certaines séquences moléculaires équivalentes d’hydrocarbures. « Nous menons des exériences autour des biolipides et d’ici cinq à six ans, il sera envisageable de remplacer une partie du kérosène des avions par du bio-kérosène », explique Nic Lindley.
Les matières premières
Pour le laboratoire l’autre enjeu est de trouver la matière première pour toutes ces valorisations. « Déchets, traitement des boues, optimiser les processus de transformation des matières premières agricoles. C’est ce savoir-faire qui intéresse principalement nos partenaires industriels » souligne le directeur du LISBP.
L’avenir de la recherche
« Dans les biotechnologies les connaissances doublent tous les 18 mois. Il est très important de développer les collaborations et les échanges entre les laboratoires au niveau européen, pour ne pas trop être en retrait par rapport aux Etats-Unis. Même si nos moyens n’ont rien à voir avec ceux mis à la disposition des chercheurs outre-Atlantique, nous avons des idées originales, mais nous n’avons pas le droit à l’erreur quant à nos choix de recherche. »
ANNE-MARIE FONTAINE

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